Boucle OODA et Wing Chun

Nous allons aborder l’utilisation de la Boucle OODA (Observer, Orienter, Décider et Agir) dans l’apprentissage du Wing Chun et plus généralement dans la pratique des arts martiaux et de la Self Défense.

Boucle OODA

La boucle OODA :

Cette stratégie a été développée par le Colonel Boyd (biographie sur wikipédia) lors de son expérience de pilote de combat. Boyd a toujours souligné que la stratégie devait tourner autour de l’objectif de changer le comportement de l’ennemi, n’annihilant pas ses forces pour bien entendu les intégrer dans la stratégie ultérieure du conflit. Il existe évidemment un parallèle avec l’œuvre de Sun-Tzu, « l’art de la guerre » (lire notre article sur cette oeuvre) dans lequel la première règle est : « Lorsque tu rentres dans un territoire ennemi, tu respectes les paysans car c’est eux qui fourniront les vivres pour entretenir les hommes de ton armée ». Boyd et Sun-Tzu préconisent des idées d’harmonie, de déception, de douceur et de fluidité de l’action, de surprise, du choc et d’attaquer la stratégie de l’ennemi.

La boucle OODA est un système d’analyse séquentiel de conflit (grossièrement le conflit est découpé en rondelles d’espace-temps d’action qui constituent des séquences). Chaque séquence présente 4 étapes (Observation, Orientation, Décision et Action). A la fin de chaque séquence vous recommencez la boucle au début pour débuter une nouvelle séquence et ceci à l’infini ou jusqu’à ce que mort sans suive !

En langage algorithmique, cela donne :

OODA-OODA-OODA-OODA-OODA-OODA-OODA-OODA-OODA-OODA-OODA-OODA-OODA…

Le Colonel Boyd a regardé l’ennemi comme un système qui agit à travers un processus décisionnel. Ce processus décisionnel est basé sur les observations du monde autour de lui. L’ennemi constatera les circonstances de déploiement et recueillera de l’information extérieure afin d’orienter la réponse de son système face aux menaces perçues. Boyd a établi que la phase d’Orientation de la boucle est la phase la plus importante, parce que si l’ennemi perçoit les menaces de manières incorrectes ou comprend mal ce qui se produit dans l’environnement autour de lui, alors il orientera sa pensée (et ses forces) dans de fausses directions et prendra finalement des décisions incorrectes. Boyd a précisé que ce cycle de prise de décision pourrait fonctionner à différentes vitesses pour l’ennemi et votre propre organisation. Le but stratégique devrait être de compléter votre processus de boucle OODA à un tempo plus rapide que l’ennemi et que celui-ci soit mis en œuvre pour rallonger la boucle de l’ennemi. Le but est de saturer l’ennemi d’informations pour court-circuiter sa boucle OODA et le bloquer dans une boucle Observation-Orientation ce qui entraine une tétanie totale de décision et d’action.

En langage algorithmique, on essaye de de produire chez l’ennemi :

OO-OO-OO-OO-OO-OO-OO-OO-OO-OO-OO-OO-OO-OO-OO-OO-OO-OO-OO-OO-OO…

On dira que l’ennemi recherche sa voie et qu’il est prisonnier de sa désorientation et qu’il ne peut qu’observer sans pouvoir Décider et Agir. Cela peut être obtenue chez l’ennemi en utilisant des actions (stratégie offensive ou défensive : frappe, esquive, ruse, feinte…) qui détruisent l’image que l’ennemi pourrait se faire de la situation et qui le mettent dans une telle perplexité qu’il ne peut décider aucune action !

Le but du Colonel Boyd est de générer des centres « non-coopératifs » de gravité de l’ennemi par l’ambiguïté, la déception, les circonstances, les manœuvres passagères rapides en utilisant les idées de Sun-Tzu de Cheng et du Chi. En isolant les centres de gravité de l’ennemi et en développant la méfiance et la décohésion dans son système (rendant ses centres de gravités non coopératifs), la friction sera considérablement accrue, la paralysie dans son système s’ajustera dedans et l’ennemi s’effondrera finalement.

« En attaquant le processus de pensée de l’ennemi, son moral et son processus de pensée peuvent être brisés ! »

Cet état incapacitant s’appelle la “sidération psychique”. Surpris par l’agression notre cerveau fige notre corps et nous empêche de nous défendre. Notre non-réaction entraîne chez l’agresseur un gain de confiance car il comprend que nous ne représentons aucun danger pour lui.

Comment faire pour éviter cette situation ?

Boucle OODA et Wing Chun

Vous allez me dire mais qu’est-ce que tout cela peut bien m’apporter pour ma pratique du Wing Chun et mes entrainements de self-défense ?

Bien sûr en cas d’agression dans la rue, il n’y a pas le temps de se poser toutes ces questions métaphysiques et stratégiques parce qu’il faut survivre ou sauver ce qui peut être sauvé. Cependant, cette stratégie OODA peut être favorablement intégrée dans les entrainements de Wing Chun, de self-défense ou Art Martial de différents styles pendant des exercices sous forme d’actif-passif séquentiels.

En effet, lors des phases d’entrainement actif-passif que tout le monde pratique à l’école de Wing Chun Défense System Nantes de Sifu Johann Mau, vous pouvez décider que les rôles sont définis pendant 2-3 minutes ou bien de fractionner le travail en séquences d’actions pour permettre aux deux élèves d’intégrer cette boucle OODA. Les rôles actif-passif peuvent rester les mêmes à chaque séquence ou s’intervertir pour alterner les techniques offensives et défensives. A chaque séquence, chacun des élèves observe sa position pour travailler sa structure (donc sortir de sa boucle OO) et observe la structure de l’adversaire pour recibler le centre du conflit (donc intégrer sa boucle OODA).

Pour expliquer en algorithme, je définirai deux adversaires en rouge et en verts. Ce choix est bien entendu complètement arbitraire mais cela va nous permettre de mieux comprendre les différentes séquences possibles dans ce style d’entrainement.

Nous allons d’abord prendre le cas ou pendant deux minutes le rouge est actif et le vert passif. En algorithmique, cela donnera sur deux lignes :

OODA-OODA-OODA-OODA-… Suivant une technique offensive pour faire effondrer l’adversaire.

OODA-OODA-… Suivant une technique défensive pour ne pas se retrouver en OO-OO….

A chaque fin de séquence, l’actif et le passif sont invités à revoir leur structure et leur orientation vers le centre du conflit pour rééquilibrer leur système au mieux. Le but pour l’actif est bien entendu de saturer les techniques défensives du passif par ses techniques offensives.

Pour un exercice plus équilibré, vous pouvez à chaque séquence inverser les rôles ce qui permet de travailler plus en équilibre la stratégie globale d’attaque et de défense. L’algorithme sera alors :

OODAOODAOODAOODAOODAOODAOODAOODAOODA…pour l’élève-1.

OODAOODAOODAOODAOODAOODAOODAOODAOODA…pour l’élève 2.

Dans ce cas, vous pouvez constater que lors de chaque séquence les rôles sont inversés avec un rôle actif en rouge et passif en vert. A la fin de chaque séquence, chaque élève revoit sa structure et son orientation vers le centre du conflit et les rôles s’inversent. Ce type d’exercices permet un système plus équilibré dans le temps par l’alternance de phases actives-passives et donc des techniques offensives-défensives.

En conclusion, je rappellerais que cette stratégie d’analyse séquentielle par la boucle OODA ne peut se développer que lors d’entrainement et non en cas de phase active de conflit notamment lors d’une agression dans la rue. En effet dans une situation d’agression réelle, vous devez déconnecter votre réflexion en intégrant dans l’instant tout votre travail d’exercice et d’analyse de votre vie martiale pour survivre pour pourquoi pas analyser ladite situation avec Sifu Johann Mau lors d’un débriefing. Pour illustrer ce texte, je rappellerai que Sun-Tzu a dit :

« Le guerrier habile impose sa volonté à l’ennemi sans permettre à celui-ci de lui infliger la sienne »

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